NE PAS ENVOYER NOS ENFANTS A LA GUERRE

La banalisation de la guerre auprès de la jeunesse 

Hernandez Elodie – secrétaire générale CGT Educ’action 83

Le Toulon Défense Event met en avant les métiers de la défense et de la sécurité à destination des jeunes, des étudiants et des familles.
Mais au-delà de la simple présentation de métiers, cet événement révèle une évolution plus profonde : la banalisation progressive de l’univers militaire dans le quotidien des jeunes générations.

Cette stratégie de communication s’appuie sur des codes culturels directement inspirés de l’univers des adolescents et des jeunes adultes. Les affiches, les visuels et les animations reprennent les références des jeux vidéo, des films d’animation et des
contenus numériques modernes : personnages dessinés, univers immersifs, esthétique dynamique et rassurante.

L’objectif est clair : rendre l’univers militaire attractif, accessible et familier.

Cette mise en scène pose pourtant une contradiction importante. Les pouvoirs publics alertent régulièrement sur la violence de certains contenus culturels ou vidéoludiques, tout en utilisant ces mêmes codes pour promouvoir les métiers liés à la guerre et à l’armement.

La guerre est alors représentée comme quelque chose de propre, technologique, presque irréel. Les conséquences humaines,
les destructions et les violences qu’elle implique disparaissent derrière une image modernisée et ludique.
Progressivement, cette représentation contribue à rendre la guerre plus acceptable socialement. Elle devient un élément banal du paysage culturel et institutionnel, particulièrement auprès de la jeunesse.

Cette évolution ne se limite pas à des événements ponctuels. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre les institutions scolaires et les structures militaires.
Depuis plusieurs années, les dispositifs se multiplient : partenariats avec l’armée, interventions dans les établissements scolaires, stages, forums, développement des « classes défense ».

Le ministère de l’Éducation nationale a lui-même publié un guide visant à renforcer ce qu’il appelle « l’acculturation des jeunes à
la défense ».
Cette notion d’« acculturation » est importante. Elle ne consiste pas seulement à informer sur des métiers ou des parcours
professionnels. Elle vise également à transmettre une vision du monde et des valeurs spécifiques. 

Défendre une école qui émancipe

L’École de la République a pour mission de former des citoyens libres, capables de comprendre le monde, de développer leur
esprit critique et de participer au débat démocratique.
Elle doit permettre aux élèves d’apprendre à réfléchir, à questionner, à argumenter et à confronter les idées.
Or, la multiplication des dispositifs visant à rapprocher l’école et l’armée interroge profondément cette mission.
Dans l’institution militaire, l’obéissance à la hiérarchie et l’exécution des ordres constituent des principes de fonctionnement normaux et nécessaires à son organisation. Mais ces logiques ne peuvent devenir des références éducatives dans le cadre scolaire sans poser de questions démocratiques.

Lorsque l’on présente certains choix politiques, militaires ou géostratégiques comme des évidences qui ne doivent pas être discutées, on réduit la place du débat et de la réflexion critique.
Cette évolution n’est pas neutre. Elle participe à préparer les esprits à considérer la guerre, l’armement ou les logiques de
confrontation comme des réalités normales et inévitables.

Dans le même temps, l’École publique continue de subir un manque important de moyens humains et matériels. Les difficultés
rencontrées par les personnels, les élèves et les familles sont nombreuses : classes surchargées, manque d’accompagnement,
précarité croissante, inégalités scolaires persistantes.

Face à ces réalités, le choix de renforcer les dispositifs liés à la défense dans les établissements scolaires apparaît comme
un choix politique fort.
Il traduit une volonté de banaliser la présence de l’armée dans les espaces éducatifs et de familiariser les jeunes générations avec les logiques de défense et de sécurité.
Cette orientation soulève une question fondamentale : quelle école voulons-nous construire ?
Une école qui prépare les jeunes à accepter les conflits comme une fatalité, ou une école qui leur donne les moyens de comprendre le monde et d’agir pour le transformer ?

Pour la CGT Éduc’action, l’École doit rester un lieu d’émancipation intellectuelle et sociale.
Elle doit former des esprits libres, capables d’exercer leur pensée critique, de débattre collectivement et de construire des
réponses fondées sur la solidarité, la justice sociale et la paix.

L’avenir de la jeunesse ne peut être réduit à une logique d’économie de guerre ou à la promotion de métiers militaires présentés
comme des débouchés naturels.

Former des citoyens éclairés et autonomes constitue une condition essentielle pour préserver le débat démocratique et
construire une société tournée vers le progrès humain plutôt que vers la banalisation de la guerre.