L’AIA de Cuers : un savoir-faire public au service de la population
Agostino Cyril – secrétaire général CGT AIA Cuers / Pierrefeu
L’Atelier Industriel Aéronautique de Cuers-Pierrefeu fait partie du Service Industriel de l’Aéronautique (SIAé), dernier grand
établissement industriel d’État dans le domaine aéronautique militaire.
Sa mission principale est d’assurer le maintien en condition opérationnelle des aéronefs utilisés par les armées françaises.
Cette activité mobilise des compétences techniques de haut niveau et un savoir-faire reconnu dans de nombreux domaines :
maintenance aéronautique, mécanique, électronique, sécurité industrielle et logistique.
Mais pour les personnels de l’AIA, cette mission ne peut être réduite à une simple activité industrielle liée au secteur militaire.
L’établissement remplit également une mission de service public et possède les capacités nécessaires pour répondre à
d’autres besoins essentiels de la population.
Cette vision est particulièrement importante dans un département comme le Var.
Le Var est souvent présenté uniquement à travers son caractère militaire et stratégique. Il est vrai qu’il s’agit du département le plus militarisé de France.
Cependant, réduire ce territoire à cette seule dimension revient à ignorer sa richesse environnementale, agricole et touristique.
Le Var est aussi l’un des départements les plus boisés du pays. Les forêts couvrent près de 67 % de son territoire. Les massifs
des Maures, de l’Estérel, la Sainte-Baume, le Verdon, le Centre Var ou encore les îles d’Or constituent des espaces naturels
exceptionnels, fragiles et exposés aux conséquences du changement climatique.
Le département possède également une activité agricole importante : viticulture, productions florales, arboriculture, trufficulture. Ces activités participent à l’identité économique et culturelle du territoire.
Face à ces réalités, la question de la protection des populations et des espaces naturels devient un enjeu majeur.
Les épisodes de sécheresse se multiplient, les températures augmentent et les vents violents favorisent le développement
d’incendies de grande ampleur. La perspective de « méga-feux » ou d’incendies simultanés dans plusieurs zones du territoire n’est plus théorique.
Or, les moyens actuellement disponibles apparaissent insuffisants pour faire face à ces risques dans la durée.
Diversifier les missions pour répondre aux besoins collectifs
Dans ce contexte, le syndicat CGT de l’AIA de Cuers porte une revendication précise : la création d’une flotte opérationnelle de
bombardiers d’eau et d’hélicoptères basée à Hyères ou à Cuers.
L’objectif est double.
D’une part, permettre une intervention rapide sur les massifs forestiers du Var, des Alpes-Maritimes et plus largement dans
l’est de la région.
D’autre part, renforcer les capacités nationales de lutte contre les incendies, alors que les besoins augmentent chaque année.
Cette proposition s’appuie sur une réalité concrète : l’AIA possède déjà les compétences techniques et industrielles nécessaires pour assurer l’entretien et le maintien en condition opérationnelle de ces aéronefs.
Il s’agit donc de mettre des savoir-faire publics au service de missions directement utiles à la population.
Cette orientation illustre une autre vision de l’industrie publique et de la défense : une logique tournée vers la protection des
territoires, la sécurité civile et l’intérêt général.
La question posée est celle de l’utilisation de nos capacités industrielles et technologiques.
Les compétences développées dans les établissements industriels publics pourraient être davantage mobilisées pour répondre aux défis environnementaux et sociaux, plutôt que d’être uniquement intégrées dans une logique d’économie de guerre.
D’autres pistes de diversification existent également.
La déconstruction de matériels militaires obsolètes représente par exemple un enjeu industriel, environnemental et sanitaire
important. Certains équipements contiennent des substances dangereuses nécessitant des conditions de traitement extrêmement encadrées.
Les ateliers industriels de l’État disposent des infrastructures, des normes de sécurité et des qualifications nécessaires pour
mener ce type d’activité dans des conditions adaptées.
Ces orientations montrent qu’une autre politique industrielle est possible.
Une politique fondée sur la maîtrise publique, la protection des populations, le développement de missions utiles socialement et la valorisation des compétences des travailleurs.
L’enjeu n’est pas de nier les questions de défense nationale, mais de refuser qu’elles deviennent l’unique horizon industriel et
économique proposé aux territoires et aux salariés.
Les capacités humaines, techniques et industrielles présentes dans le Var peuvent contribuer à répondre à des besoins essentiels : protection civile, prévention des catastrophes, sécurité environnementale, maintien d’un service public industriel fort.
Préserver ces savoir-faire et leur donner un sens tourné vers l’intérêt collectif constitue un choix politique majeur pour l’avenir du
territoire et de ses habitants.