CONTRE L’ENROLEMENT PAR FRANCE TRAVAIL

Une nouvelle étape dans la militarisation de l’emploi

Moreau olivier – secrétaire de section var France travail PACA

En janvier 2026, le ministre du Travail a annoncé la création d’une cellule nationale dédiée au recrutement pour l’industrie de
l’armement et de la défense, placée sous la responsabilité d’une générale d’armée.
Cette annonce marque une étape importante dans l’évolution des politiques publiques en matière d’emploi.
Cette « task force défense » est présentée dans le cadre du Toulon Défense Event, en présence des représentants du gouvernement et de la direction générale de France Travail.

Depuis 2022, cet événement avait pour objectif d’informer le public sur les métiers de la défense, de l’armée et de la sécurité
publique. France Travail y participait alors dans une logique d’information auprès de ses usagers.
Mais en 2026, dans un contexte marqué par le développement d’une économie de guerre, cet événement change de nature. Il
devient un outil central de promotion des métiers de l’armement et de la défense, avec pour objectif affiché de renforcer leur
attractivité et d’augmenter les recrutements.
Pour atteindre cet objectif, une mobilisation importante a été mise en place. Les agents de France Travail ont été fortement
sollicités afin d’assurer une participation massive. L’enjeu est de montrer, à travers l’image, que ces secteurs attirent et
constituent une réponse aux besoins d’emploi.

Parallèlement, une communication large et ciblée a été déployée en direction des collégiens, lycéens, étudiants, demandeurs
d’emploi et de leurs familles. Lors de l’événement, différents dispositifs sont proposés : démonstrations de drones, contenus immersifs, simulations et jeux vidéo.
Cette mise en scène contribue à présenter les technologies militaires sous un angle ludique et accessible. Elle participe à une
banalisation de l’armement, en mettant en avant son aspect technologique et attractif, sans en interroger les finalités ni
les conséquences.
Les métiers de la défense sont ainsi valorisés comme étant à la fois bien rémunérés et porteurs de sens, sans que les
réalités de ces activités soient pleinement abordées.

Une orientation organisée dans un contexte de contrainte
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique déjà engagée. Fin 2025, un partenariat renforcé a été signé entre France Travail et l’armée de terre, avec pour objectif de développer les recrutements et de valoriser l’ensemble des métiers militaires, y compris ceux liés aux fonctions de combat.

France Travail a toujours eu pour mission d’informer sur les différents secteurs d’activité, y compris celui de la défense.
Toutefois, la mise en place de ce partenariat et la création d’une cellule dédiée au recrutement marquent un changement d’échelle. Il ne s’agit plus uniquement d’informer, mais de promouvoir activement ces métiers et d’orienter les publics vers ces débouchés.

Cette évolution intervient dans un contexte de transformation du service public de l’emploi, notamment avec la mise en œuvre
de la loi dite « plein emploi ». Cette réforme a profondément modifié les conditions d’accompagnement des demandeurs
d’emploi.
Plusieurs mesures ont renforcé la pression sur les usagers :
– la réduction de la durée d’indemnisation du chômage, passée de 24 à 18 mois ;
– l’augmentation des contrôles de la recherche d’emploi ;
– le renforcement des sanctions en cas de non-respect des obligations ;
– l’obligation de répondre aux offres d’emploi et de participer aux actions proposées par France Travail.

Dans ce cadre, le refus d’une orientation ou d’une proposition peut entraîner des conséquences directes sur les droits des
demandeurs d’emploi.
Ces évolutions contribuent à fragiliser les publics les plus exposés, en particulier les jeunes, les personnes en situation de
précarité et les chômeurs de longue durée.

Le risque est que l’orientation vers les métiers de la défense ne relève plus d’un choix librement consenti, mais d’une contrainte liée à la situation économique et aux obligations administratives.

Le service public de l’emploi se trouve ainsi progressivement mobilisé pour répondre à des objectifs qui dépassent ses missions
initiales, en participant à une politique de recrutement liée à l’économie de guerre.
Cette situation pose une question fondamentale : celle du rôle des institutions publiques dans l’orientation professionnelle et dans les choix de société.

Nous rappelons que la question de la défense nationale ne peut être dissociée des enjeux démocratiques, sociaux et humains. Si l’existence d’une armée peut répondre à des besoins de protection du territoire, elle ne peut justifier une instrumentalisation des politiques de l’emploi ni une mise sous pression des populations les plus fragiles.
Le choix d’un métier, en particulier dans un secteur aussi engageant que celui de la défense, doit rester un choix personnel,
éclairé et volontaire.

Refuser toute banalisation de l’armement, garantir l’indépendance du service public de l’emploi et préserver la liberté de choix
des travailleurs constituent des exigences essentielles pour une société attachée à la paix, à la justice sociale et au respect des
individus.