CONTRE LA MILITARISATION ETUDIANTE – POUR LA PAIX

L’université face à la militarisation des savoirs militaires et industriels présents sur le territoire, notamment à travers des collaborations avec la DGA, la Marine nationale ou Naval Group.
Mais une nouvelle étape a été franchie lorsque l’université s’est officiellement définie comme une université « duale civile
et défense ».

Mélissa Crasnier – membre du bureau du syndicat CGT FERC Sup de l’Université de Toulon

La militarisation de la société ne concerne plus uniquement l’industrie ou certains secteurs économiques. Elle touche désormais de plus en plus directement les universités, les formations et la recherche publique.
Partout en France, les partenariats entre l’enseignement supérieur et les institutions militaires se multiplient.
L’université de Lorraine a signé une convention de soutien aux politiques de réserve opérationnelle avec les ministères de l’Intérieur et des Armées. À Marseille, des points bonus sont désormais accordés aux étudiants qui suivent des modules intitulés «
esprit défense ».

Dans le Var, cette évolution prend une dimension particulière.

L’université de Toulon entretient depuis longtemps des liens avec les secteurs Un accord-cadre a été signé avec le ministère des Armées afin de renforcer les coopérations dans les domaines de la formation, de la recherche, de l’innovation et des politiques publiques maritimes.
L’objectif affiché est clair : développer les compétences nécessaires aux armées et aux entreprises du secteur de la défense,
renforcer « l’esprit de défense » et rapprocher davantage l’armée de la jeunesse étudiante.
Dans ce cadre, des militaires et personnels civils de la défense peuvent désormais intervenir directement dans certaines
formations universitaires.
Parallèlement, une feuille de route commune a également été définie entre l’université et Naval Group afin de répondre
aux besoins croissants dans les domaines des drones et des systèmes autonomes navals.
Ces évolutions ne sont pas neutres.
Elles participent à une intégration progressive des logiques militaires au sein même des espaces de savoir, de recherche et de formation.

Défendre une université libre, critique et indépendante 

L’université a une mission fondamentale dans la société.
Elle doit être un lieu de savoir, de recherche indépendante, de débat démocratique, de construction de l’esprit critique et
d’émancipation intellectuelle.
Son rôle n’est pas de préparer idéologiquement ou institutionnellement la jeunesse à une logique de guerre.
Le rapprochement entre universités, armée et industries de défense dépasse largement la simple question technique ou
professionnelle.

Il traduit un choix politique : celui d’orienter progressivement la recherche, les formations et les moyens publics vers les
besoins du complexe militaro-industriel.

Cette orientation intervient dans un contexte particulièrement révélateur.
Alors que les budgets militaires augmentent fortement, l’enseignement supérieur et la recherche publique subissent des
restrictions budgétaires importantes :
– manque de personnels, précarité étudiante,
– sous-financement des laboratoires,
– dégradation des conditions d’étude et de travail.

Ce contraste montre clairement les priorités politiques actuelles.
D’un côté, des milliards sont investis dans l’armement et les industries de défense.
De l’autre, les universités publiques manquent de moyens pour remplir leurs missions fondamentales.
Les partenariats entre universités et armées contribuent également à banaliser la présence militaire dans les espaces de
formation.

Peu à peu, une habitude s’installe : interventions militaires dans les cursus, développement de formations liées à la défense, promotion des métiers militaires auprès des étudiants, valorisation de « l’esprit défense ».
Cette normalisation participe à une militarisation progressive des esprits et des institutions publiques.

Pour la CGT, cette évolution est profondément préoccupante.

L’université doit rester un espace civil, indépendant des intérêts économiques et militaires.
Elle doit former des citoyens capables de comprendre le monde, de développer leur esprit critique et de participer à la
transformation sociale, non de s’adapter passivement aux logiques de confrontation et de compétition géopolitique.
La recherche publique et les savoirs universitaires doivent être mis au service des besoins sociaux, environnementaux et
humains : santé, transition écologique, progrès scientifique, coopération internationale et développement des connaissances.

Préserver cette indépendance constitue aujourd’hui un enjeu démocratique majeur.